• Exposition
  • jeudi 15 juillet 2021 dimanche 15 août 2021
  • Église Saint-Sylvestre, Plouzélambre
  • Médium : Peinture et lissière
  • Horaires d'ouverture : De 14h30 à 18h30
  • Tarif : Entrée libre

Bernard Louedin et Dominique de Serres

Le dialogue de deux artistes de premier plan

Deux artistes chevronnées, installés en notre Trégor (Trébeurden) et que l’on ne présente plus.

Bernard Louedin recherche, au-delà de l’image, l’insolite, l’onirique, ce qui ne se voit pas, mais qui se cache derrière la réalité. Il l’exprime ainsi : « je ne peins pas la mer, mais je peins l’évasion, pas plus que les horloges, mais le temps. ». Laissons-nous conduire vers nos rêves en contemplant ses tableaux. A ses côtés, Dominique de Serres, lissière diplômée de l’Ecole Nationale d’Art décoratif d’Aubusson, interprète avec une grande finesse et transcrit sans relâche des oeuvres complexes dont celles de Bernard Louedin.

Le thème des chapelles a retenu mon attention dès 1962, et parmi les quelques édifices privilégiés Plouzélambre fut l’un des premiers.

“L’homme s’assied où la cendre de l’homme repose” écrit Diderot.

Aujourd’hui, après 60 ans de présence en Tregor, Dominique et moi-même, pouvons mesurer ce que les lieux façonnent en notre âme de vivants.

En ce qui concerne nos travaux, j’ai toujours considéré qu’un tableau devait se défendre lui- même ; le temps restant le juge de son avenir.

Si la peinture raconte des « choses », elle est aussi une confidente silencieuse qui, parfois, fait grand bruit au cœur de l’homme.

Bernard Louedin, peintre

Une vieille attitude romantique laisse croire que l'inspiration vient en dormant : fausse idée et malentendus trop souvent partagés. L'exercice d'un art apprend qu'il n'est jamais aisé de créer. La bonne folie est de tenter l'aventure sans s’y perdre et de découvrir une liberté bienfaisante que l'on nomme « vie d'artiste». J’y ajoute une pincée de chances très utiles pour mener à son terme cet hasardeux parcours.

Le mien s'est réalisé dans l'innocence de la découverte des hommes et de l'univers. L'insolite a toujours été mon refuge et j'ai naturellement glissé vers l'expression picturale onirique : ce qui existe ne me suffit pas, ne comble pas mon goût de la rêverie et des échappées fantasmatiques. En quelque sorte le fictionnel nourrit mon imaginaire et me porte vers une autre réalité. Je ne peins pas la mer, je peins l'évasion, pas plus que les horloges mais le temps. Ce passage vers les ailleurs reste le chemin de mes recherches.

L'approche d'une œuvre n'est jamais innocente, c'est un appel qui nous alerte et nous révèle car la peinture raconte des choses sans les mots ; de l'ordre de la confidence et du silence. Elle fait parfois grand bruit dans le cœur des hommes et laisse son empreinte sur ceux que le frisson ébranle.

L'émotion reste la plus haute marche vers la quête du sensible et de l'échange. S'il y a quelque chose à célébrer dans l'art, c'est l'œuvre. Elle s'évalue par le bouleversement qu'elle propose et nous porte au-delà de nous-mêmes.

Depuis de longues années je ne cesse d'interroger la question du « pourquoi peindre ? » et cette énigme non résolue de la surface peinte aura rempli l'essentiel de mon existence.

Le dernier versant de la vie semble propice à cette réflexion dont le but n’est pas de conclure mais, peut-être, d’éclairer ma tentative d'être au monde.

On n'enseigne pas à un artiste à devenir artiste ; toute activité créatrice naît d’une pulsion profonde qui se détermine très tôt et procède d'une trop forte intensité intérieure. Il cherche à fournir à son imaginaire un chemin de connaissance qui apaisera les forces contradictoires qu'il subit.

Si le travail est la plus belle façon d’aimer la vie, l'idéal du créateur, selon Didier Anzieu est de travailler à jet continu, d'unifier et de totaliser.

Créer serait donc une rumination dont le désir d'expression gouverne tous les instants, dans l'incapacité où nous sommes de faire autre chose durant le temps des horloges.

Addiction, comble du manque ou crainte de ne pas exister ? En général il est plus facile d’être aimé que d’être compris, ce qui donne à réfléchir sur les petits arrangements de la société. J’ai quelque chose du bernard-l’hermite : j’aime les nids, les recoins, les cachettes... tous les lieux refuge où l’imaginaire trouve un écrin de silence et de paix.

Enfant j’ai édifié quelques pouilleuses cahutes aux faîtes des grands arbres ainsi qu’au creux des taillis du Mont-Dol.

Désormais je les rêve ces abris de fortune. Ils renaissent sous forme de dessins qui ont quitté les exigences de la logique et de l’équilibre. Ma préoccupation n’est pas d’ordre pratique mais tout au contraire, de connaître la satisfaction d’être libre en mon royaume. De l’effacement au trait, la gomme et le crayon m’offrent le luxe de construire mes huttes de guingois selon ma fantaisie. Ce sont des demeures de l’impossible, suspendues ou égarées en des lieux de repli, aussi incertaines qu’est la condition humaine.

Le précaire me tourmente et j’y puise la majorité de mes sujets. Chaque nouvelle œuvre m’oblige et me conduit vers mes dérives imaginaires où j’espère croiser le plaisir de l’étonnement.

L'artiste n’est autre qu'un passeur au service de sa création : il s’y dévoile en se cachant et le bruit que peut faire le silence de son œuvre devrait se suffire à lui-même.

Dominique de Serres, lissière

Lissière, à l'orée du XXIe siècle, doit paraître étrange à ceux qui n'ont pas le souci de la permanence et de la transmission d'un savoir millénaire. Ce métier, si ancien qu'il côtoie l'origine des civilisations, demeure encore vivant aujourd'hui pour quelques passionnés.

La parole du métier de basse lisse ne chuchote-t-elle pas : “La vie est un perpétuel va-et-vient, un don de soi...” (langage d'Afrique de la navette).

Dominique de Serres a choisi de “tisser le temps” comme un engagement de vie qui ne se confond pas avec l'agrément ou le superflu. En 1978 elle entre à l'École Nationale d'Art décoratif d'Aubusson et reçoit son diplôme de lissière ou licier en 1981.

Après avoir exercé la restauration de tapisserie près de la Maison Chevalier à Courbevoie, elle installe son vieux métier de basse lisse d'Aubusson, plus que centenaire, en ce lieu de privilège qu'est encore Trébeurden, en Trégor d'Armorique.

La tapisserie de basse lisse (ou lice) se tisse à l'envers. Jeu de fils creux et de fils pleins lorsque la laine chevauche la chaîne ; les doigts agiles assurant la trace du dessin glissé sous la trame. Langage privé de la répétition infinie des entrelacs qui s'ajoutent, jour après jour, et engendrent lentement la future création.

Si l'artiste reste le maître d'œuvre, la tapisserie dépend de la qualité de l'artisan qui se met au service du cartonnier.

Oubli de soi, compréhension, aptitude à transmettre, saisir et réaliser font du choix du lissier un acte capital proche de la rencontre symbiotique. Le lissier est le trait d'union entre le créateur et l'ouvrage achevé. Sa position d'interprète est des plus subtiles à concevoir, puisqu'il s'agit de traduire une œuvre dans une autre technique que celle du peintre cartonnier. Tout l'art du lissier réside en sa capacité de se soumettre à une image peinte (la maquette) afin de laisser advenir une œuvre nouvelle : la tapisserie - l'interprète vit cette curieuse originalité de restituer une fausse ressemblance - une même œuvre pas tout à fait semblable, et qui "sera toujours autre" écrit Maurice Blanchot.

Dominique de Serres collabore depuis plus de 20 ans avec quelques artistes tels Roger Druet, calligraphe à Trégastel, ou Charles Stratos d'Avignon, l'essentiel de ses réalisations restant celles de Bernard Louédin qui firent l'objet de plusieurs expositions.

Si l'art du lissier traverse le temps, c'est que la braise couve sous les cendres et maintient quelques âmes vivantes prêtes à soutenir cette ancestrale tradition.

En ces temps incertains, seule la croyance en quelque chose de plus haut que nous-même peut encore faire vivre cette expression textile.

Le poète, peut-être... le sait-il ?

“Je t'annonce les temps d'une grande ferveur et la félicité des sources dans nos songes... pour l'instant encore c'est le jour !”. Saint-John-Perse

Le lissier, comme interprète, occupe le territoire de l'ombre et le confie en toute discrétion.

À sa place d'artisan au service de l'œuvre du cartonnier, il est le maître d'une mutation destinée à produire une tapisserie à partir d'un sujet peint.

Il ne s'agit pas de ressemblance mais de la traduction d'une même œuvre dans deux techniques différentes afin de créer une entente et une profonde harmonie dont le résultat sera un ouvrage unique.

Comme le musicien, le lissier est le passeur entre deux univers.

Église Saint-Sylvestre, Plouzélambre

En savoir plus : Église Saint-Sylvestre

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