Patrick-Arman Savidan

Patrick-Arman Savidan

Patrick-Arman Savidan transforme la broderie en un récit textile, où chaque point contribue à une histoire sans image définie, évoluant éternellement.

Présence de l'artiste : du vendredi 12 au jeudi 18 juillet et du samedi 10 au jeudi 15 août.

Broder est une prise de risque. Dire que l’on est brodeur en 2024 soulève des questions :

Que brodez-vous ? Je réponds, je brode la broderie, le médium, pour lui-même, je lance des points, toujours les mêmes qui répondent selon le fil choisi ; je m’approprie tous les matériaux sans hiérarchie ni préférence, du coton au lin, du cheveu au fil d’or, de tout ces fils qui se disent populaires quand d’autres renvoient à plus de solennité et font référence à l’art savant.

Rien ne me résiste, tout m’attire, m’interroge en tant que plasticien-brodeur. Plus la difficulté s’impose, plus je fais corps avec mon travail. Celui-ci est âpre, lent, minutieux, s’étend dans la durée qu’il faut accepter parce que le temps est aussi un matériau. Le dialogue s’installe entre la broderie et moi, dans ce que je crée et dans ce qu’elle me donne lorsque je reviens sur le métier, échanges introspectifs dans le silence, le doute et toujours dans l’espérance.

Mes broderies faites de strates, de circonvolutions, de méandres, d’entrelacs, de plis, de pleins, de creux, de mystères façonnent un cheminement qui est bien sûr celui de la contemplation, de la méditation, du regard intérieur comme celui porté sur le monde.

Broder – Peindre : Patrick-Arman Savidan à l’œuvre

Lorsque je regarde les œuvres de Patrick-Arman Savidan, je suis frappé, au-delà des techniques utilisées, par la dimension organique de ce qui se donne à voir : le vivant est là, dans ses circonvolutions, ses méandres, ses plis, ses filaments, ses tressages, ses entrelacs. Au plus intime, dans l'infiniment petit, dans la proximité du regard attentif au détail d'un morceau de chair, d'écorce, de feuille, etc.

Alors le lien se fait, très naturellement, avec le cœur du travail de Patrick : la broderie, le textile nous renvoient bien sûr au vêtement, à ce qui recouvre et protège la peau, nous enveloppe, garantit notre intimité, nous sépare du monde en même temps qu’il met en scène notre corps ; mais la peau elle-même enveloppe et protège la chair, les organes vitaux.

C'est comme si la broderie faisait apparaître, dans ce recouvrement du textile, l'intime de la chair dans ce qu'elle a de plus vibrionnant : la broderie comme mise en scène de l'écorché, mise à nu de la chair, retournement de ce qui d'ordinaire revêt - le voile dévoile, révèle.

Rien de morbide là-dedans, pourtant : la couleur, la texture, le jeu des fils avec la lumière, la matière même utilisée – coton, lin soie, mais aussi crin, cheveux, et encore fil métallique, fil d’or - nous parlent de la vie, dans sa plénitude et sa diversité.

Ce travail de broderie – d’ordinaire pratique artisanale obéissant à des règles et conventions clairement définies - manipulé ici avec la plus grande liberté, renvoie à la peinture et au dessin, par le jeu des lignes, des surfaces colorées, de la lumière (contrastes et reflets, ombres et lumières) : ces pièces sont autant de tableaux, qui sont encadrés, mis en scènes dans des vitrines, ou accompagnés de supports de bois. L’artiste le revendique d’ailleurs lorsqu’il nous explique que « Broder, c’est dessiner à l’aiguille, c’est peindre différemment, sculpter différemment ».

Posture artistique toute contemporaine, tandis que Patrick relie consciemment son travail à l’Histoire de l’Art, en héritier des moines copistes de l’époque médiévale, du Trecento et du Quattrocento italiens. Notamment pour ce qui concerne la manière même d’un travail très concentré sur de petits formats, dans une relation intime de fabrication où la conception avance à mesure que la broderie se développe, hors de tout « plan » ou « étude préalable », laissant l’œuvre se construire progressivement.

Ainsi, même si nous vivons dans une ère où l'instantané semble s'imposer comme norme de fonctionnement, certains artistes opposent à cette injonction le temps long du travail lent, minutieux, qui est bien sûr celui de la contemplation, de la méditation, du regard intérieur comme celui porté sur le monde.

Ce temps long est donné au spectateur afin qu’il puisse à son tour, dans la contemplation de l’œuvre, ressentir et méditer, découvrir peu à peu ce qu'il va trouver et qui lui "parle", de lui – introspection que l’œuvre permet, doucement – et du monde, dans sa multitude et sa diversité.

Assurément, les œuvres de Patrick-Arman Savidan nous offrent cette possibilité d’une bienfaisante pause, créatrice, et consolatrice. Profitons-en !

— Dominique LARDEUX, Professeur agrégé d’Arts Plastiques, Peintre.

Je ne dormis pas cette nuit-là, tant j'étais bouleversée par tout, (...) les avalanches de couleurs, le fil lancé - ne montrant de lui que ce qu'il est - la multiplicité des fils, mêlés dans l'aléatoire, et enfin le point, presque toujours le même - changer le motif pas le point - à la fois rigide et flexible, sans circuit apparent, voyageant sans but, dans un sens puis dans l'autre.

Fallait-il cette inconfortable situation matérielle et technique, cette âpreté du geste, toujours le même, dans un enchevêtrement de matériaux qui n'auraient jamais supposé être réunis, pour atteindre à cette forme d'apaisement toujours croissant et grandissant ? Tout se joue dans l'instant, dans la durée, celle qui abolit les limites du temps, dans la durée d'effectuation, tel un moine copiste, un artisan.

Pas de patience, non du courage
Se tenir éveillé
N'être qu'une force
Rester assis et travailler
Lentement, sans penser
Ni forme précise, ni direction donnée, ni dessin préparatoire, sans hiérarchie ni code
S'engager physiquement dans cette voie périlleuse
Poser des points devant soi
Avancer
Une pierre, puis une autre
Reprendre une phrase ou un point où ils ont été laissés
Sortir de la nuit, ne pas pouvoir plus attendre, vouloir voir et revoir, reprendre
Être saisi, surpris, ne pas pouvoir expliquer
Parfois, dans la journée, s'écarter de l'ouvrage, faire un tour et revenir, au détour surprendre ce qui vient de se passer et reconnaître ce qui va se passer
Se coucher reconnaissant du jour suivant.

Tant de plaisir et tant d'efforts en viennent à leur fin, ils aboutissent, simple espérance, à quelque chose : le geste et le labeur façonnent un cheminement et guident le visiteur tout au long d'un jardin, vers un lieu précis qu'il plaît au propriétaire des lieux de montrer, les deux composent un pas et rythment l'errance dans les allées où se joue le sacré, le mystère d'un monde graphique visible, matérialité signifiante pour espérer toucher un tant soit peu à la spiritualité.

Les points produisent peu à peu une image, sans être une image figurative ni pourtant abstraite - figurale - une fiction refermée sur elle-même, sur son propre monde de signes et de traces textiles qui ne disent rien d'autre que de la broderie, une image sans fin qui s'allonge sur un horizon d'éternité. (...)

Le tout uniquement en fils, points lancés qui se recouvrent, se pénètrent, s'interposent, se lient comme se désunissent, s'assemblent et se mêlent dans un ultime élan, celui de répondre à cette création enfouie qui se cristallise dans ces fils colorés pour dire avec des points ce qui ne peut l'être avec les mots et qui retouchent les peines. Broderie aérienne, broderie esprit, broderie mystère.

— Pascale Henry, 6 juin 2023, Lettres à Patrick-Arman Savidan, extraits

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