Dominique Potard
Des textiles abandonnés au jardin, livrés aux saisons, deviennent après un patient travail d'archéologie des reliques précieuses. Marqués par la terre, troués, élimés, ces vêtements sont ensuite travaillés pour porter d'autres histoires. Leurs traces, telles des calligraphies d'une civilisation inconnue, guident une création fragile et méticuleuse. Sur les murs, les œuvres prennent vie et invitent à une méditation poétique sur les questions fondamentales : qui sommes-nous, d'où venons-nous, où allons-nous ?
Textiles, pour la plupart vêtements de femmes, installés dans mon jardin au fil des mois et des années, abandonnés au temps qu'il fait, au temps qu'il faut.... je laisse la terre, le soleil, la pluie, la lune et les saisons y faire œuvre.
S’en suit un délicat et méticuleux travail d'archéologie textile, de mise à jour du moindre fragment de ces oripeaux - trames et marges de leurs vies antérieures, ils deviennent reliques – matières précieuses, sacrées.
Ces vêtements délités, en état de décomposition après leur passage dans le jardin au bord de la disparition, élimés, troués, certains usés jusqu’à la corde, marbrés par la chimie de la terre, sont traités et travaillés à leur forger d’autres histoires.
D’autres, imprégnés de la lumière du soleil et de la lune ont un chemin parallèle à la photographie, seul le temps de pause diffère, s’allonge au fil des saisons.
J’ai besoin d’aller lire les murs. D’y entrevoir des écritures sauvages qui font signes existentiels.
Je suis instinctivement attirée par ces assemblages qui forment un langage imaginaire, trace d’une civilisation inconnue.
Ces traces, telles des calligraphies sont un de mes fils conducteurs.
L’ouvrage est extrêmement délicat, la matière est devenue fragile, un collage minutieux fixe l’œuvre entrevue ou protégée par un verre le textile donne à voir une savante alchimie entre ce que le temps en a fait et ce que je décrypte de ces traces testamentaires.
Sur les murs, loin de l’intimité originelle, les tableaux prennent vie, un autre tissage se fait, parfois le textile semble disparaître derrière la création.
Parfois certaines œuvres créées pour le Circuit des Chapelles prennent parfois forme d’ex-voto en remerciement d’un vœu demandé, ou inversement dénonce des abîmes de notre monde.
C’est une renaissance mue par des intentions profondes, vestiges soignés tels des reliques, manipulés comme des joyaux, travaillés avec un infini respect pour amener les visiteurs et visiteuses à une méditation intérieure par un propos poétique sur les questions fondamentales :Qui sommes-nous ? D’où venons-nous, où allons-nous ?